s24 ans, c’est un âge un peu nul. Loin du club des 27, ça ne marque aucune étape à part celle d’un mec qui commence à bosser après n’avoir jamais redoublé : trop la honte quoi.
(En ayant fait un bac +5 payé par mes parents, me propulsant  automatiquement au rang de fils de pute ( faut bien qu’elle le paie ce diplôme (désolé Môman c’était pour la blague, je t’aime)) qui se plaint. MAIS JE PAIE DES IMPÔTS MOI ! Enfin pas encore, mais bientôt, faites pas les cons le 23 les gars en votant. Je vais fermer cette parenthèse avant de partir totalement en couilles)

Du coup, on se retrouve dans une ville qu’on ne connaît pas, à observer les photos Facebook de nos potes glandeurs/étudiants qui vont en boîte en pleine semaine, alors on allume la télé et on se rend compte que les candidats des Anges sont plus jeunes que nous. Et on bad.

Alors on va boire un verre avec des collègues, mais ils ont tous 30+ans, alors on va voir ses colocs, mais ils ont tous 30 ans. Voilà, 24 ans c’est l’adulescence la plus totale : tu n’es plus étudiant mais tu dépenses quand même ta thune en bière, sauf que tu as beaucoup plus de pognon que lorsque que tu ne touchais que les allocs : les sociologues avaient tort, l’alcoolisme n’apparaît pas dans les régions pauvres, mais chez les anciens pauvres. CQFD.

Bref, se voir vieillir, ça craint. Se voir bourrer, moins. C’est avec cette logique implacable et dénouée de tout sophisme que j’ai décidé de créer ma propre mesure de temps, pour savoir avec exactitude si il est l’heure de clamser. Et ce, à chacun de mes anniversaires depuis mes 18 ans.

Cette horloge, elle s’appelle « Wiufdhans ». Alors ce nom n’a aucun sens mais je l’ai trouvé après l’avoir inventé, ça en devient compréhensible assez rapidement.

Pour vous fabriquer cette « Kjdsfijd » (Et vous aurez vite compris qu’en fait j’ai juste pas trouvé de nom à ce principe géniallissime), IL VOUS FAUT :
– Un bras
– Un feutre indélébile
– Un pote qui en n’a clairement rien à foutre de votre santé, au point de douter que ce soit réellement un pote.
– aucune affection pour votre foie.

LES REGLES :
– 1 an, un verre. 24 ans, 24 verres.
– Un trait par verre ingurgité, peu importe la quantité et le type d’alcool.
– Tous les 5 verres, marquer l’heure. Histoire de vous rappeler de quand vous n’allez plus vous rappeler.
– Interdiction de dormir avant d’avoir terminer.
– Pas de limite de temps tant qu’on ne rejoint pas Morphée.

Quand je vous annonçais que 24 ans ne marquait absolument rien, ça n’allait clairement pas être l’âge où j’aurai gagné en maturité.

Alors comment s’est passé mon passage à cette 24è année ? Installez vous confortablement, c’est ce genre d’histoire que je raconterai à mes petits enfants pour en faire des êtres parfaitement inadaptés.

Verre 1, 15h50 : je viens de sortir du Japonais à volonté, se goinfrer c’est l’astuce numéro 1 pour survivre à ce genre de jeu débile. 2è astuce, commencer tôt.
« Eyh Q., ça te dit qu’on aille au bar ? On a rarement bu un verre juste à 2. » dis-je avec une voix remplie de candeur, et de wasabi premier prix.

Q, c’est un de mes 5 colocs parisiens. Je vois très bien dans ses yeux qu’il comprend l’entourloupe, il n’est pas du genre à se faire avoir aussi facilem- « OUAIS J’SUIS CHAUD !
On se fait les courses pour ce soir avant ? » Franprix, pack de 6, on l’entame avant d’aller au bar par respect pour le patron : ça serait un véritable manque de politesse que de s’installer à sa table en toute sobriété, littéralement.
L’horloge est lancée, je ne pourrai dormir que dans 23 verres.

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Verre 2 : On reste dans le classique, une pinte de Pelforth, 3,50 dans le 11è. Mon encéphale tourne encore bien, les discussions sont fluides et je reste compréhensible pour mon interlocuteur. Il faut savoir profiter de ces moments de stabilité avant de sombrer dans le tourbillon éthylique. 18035739_10213337942222331_664254981_n
Verre 3 : Tant que mon estomac peut se remplir de bière, on se la joue safe. « Celle-là, c’est cadeau ! » Super Q., clairement un cadeau mémorable. De toute façon, je n’ai pas prévu de me souvenir de quoi que ce soit, sinon ne t’inquiète pas que pour ton cadeau t’aurais eu un bon truc inutile aussi.
Bien évidemment, pour le besoin du devoir de mémoire, chacun de mes verres sont postés sur une story qui va en en faire chier plus d’un. Pas de raison que je sois le seul saoulé.

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Verre 4 : « Oh gros, il n’y a clairement plus assez d’espace dans mon ventre et ma vessie pour que je puisse continuer à boire de la bière là. Tu peux me commander un cocktail tranquille stp ? »
Q. se lève, plein d’empathie, et reviens le sourire au lèvre.
« Tu m’as bien dit que dans tes règles, un verre = 1 trait ? Du coup je t’ai pris une pinte de caïpi, ça t’apprendra à t’imposer des règles à la con »
AH OUAIS ? TU ME CROIS PAS CAPABLE HEIN ? C’est avec le regard rempli de défi que je bois ce verre. Et sachez le les enfants, défier un mec qui n’a rien à perdre dans un jeu d’alcool où vous jouez tout seul n’est pas l’idée la plus maline que vous pourriez avoir.

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Verre 5 : Le cinquième, le cinquième est fait. Mais je sens qu’il est déjà trop tard. 3h que je suis assis ici, et mon accent ch’ti commence à revenir. Forcément le moment où la serveuse, belle comme un papillon de nuit se posant sur les perles d’eau de la rosée du…. MERDE, je commence à partir en envolée lyrique. Je suis pompette. Il faut que je rattrape le coup. Je dois la faire rire, ça marche toujours de faire rire. Une blague avec quelque-chose autour de moi, vite….

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Merde.

Verre 6, 19h06 : « Euh.. ça va Kori ? » me demande la serveuse, inquiète de mon quotient intellectuel s’approchant dangereusement du zéro suite à cette blague douteuse. Q. lui explique la règle que je me suis imposé. « Il te faut quelque chose de plus léger, tu ne vas pas survivre à 24 si tu continues comme ça ! » dit-elle. Mes yeux s’illuminent, déjà le premier jour où je suis arrivé dans ce bar, j’ai flashé sur elle. Elle pense aux autres, elle veut leur bien et me ramène un Ricard des plus raffinés. Avec un carafe d’eau salvatrice.
Je t’aime D., tu viens d’embellir mon début de soirée et QU’EST-CE QUE C’EST QUE CA ?
« Moi aussi je veux participer à ta déchéance, et bon anniversaire ! »
Me voici donc face à un shot de rhum, un pastis et un demi. Un petit bruit derrière mon oreille se fait entendre : « T’ira te faire foutre hein, bon courage. » C’était mon cerveau.

Verre 9 & 10 : Nouveau pré-requis pour survivre à ce Thirst Game sans Jennifer Lawrence, repérer le terrain.
Et se dire que putain, vivre à côté d’un McDo c’est quand même le plus beau cadeau d’anniversaire que le monde pouvait m’offrir.
La commande est fastidieuse, je tape sur l’écran avec mon visage pour choisir mes burgers. Servez-moi ce que vous voulez mais par pitié, SERVEZ-MOIIIIII.
Arrivé au Pakbo (promis, un article est prévu sur cet appartement du Sheitan.), je me rends compte qu’ils ont dû se tromper sur le service, je n’ai pas souvenir d’avoir choisi ces 2 shooters de Rhum…

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Sur la table, l’espoir. Dans ma main, le trou noir.

Verre 11&12, 21h24 : 2h pour avancer de 2 verres. Je pense que je ne vais pas me coucher tôt ce soir. D’ailleurs est-ce que j’arriverai seulement à me coucher avec cette règle à la con ? Faut que j’arrête d’être dans mes pensées, la soirée va bientôt commencer.

Ah bah, en fait elle a déjà commencé. Une trentaine de personne sont dans mon logement, je n’ai aucune idée de comment ils sont arrivées là. J’entend ma conscience me dire « J’ai débranché ta mémoire pour que tu puisses tenir tes 24 verres, c’est pas comme si tu allais en faire un article sur ton blog ? » Ahaha, je ne t’ai jamais écouté, conscience, si tu crois que je vais me gêner.

18051608_10213337943422361_715991614_nVerre 15 : Pas d’accroc, la soirée suit son cours. Je crois que j’ai choppé mon rythme de croisière. Ah, ça fait du bien de voir qu’on gère enfin ses actes, pas de bourdes à l’horizon, mes amis sont autour de moi, mes colocs aussi, un vrai plaisir de voir ses filles qui ceux sont déplacées pour moi… D’ailleurs, qui sont ces filles ? Comment connaissent elles mon prénom ? Pourquoi ai-je un trop mauvais pressentiment ?
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« T’as invité tes matchs Tinder » me dit Q., mort de rire. Ou juste alcoolisé. J’avoue qu’il me suit dans mon délire sans compter depuis le début, il doit certainement délirer.

« TES ! Genre au PLURIEL ! Et elles parlent ensemble ! AHahah t’es dans la merde ! »
A peine ai-je le temps de saisir le sens de ses mots que j’aperçois au loin dans le salon, 2 paires d’yeux glaçant me fixer du regard. Fuir, je dois fuir de ce salon LE PLUS VITE POSSIBLE.

Verre 19/20/21, 2h27 : Je suis caché dans le garage, j’entends un chœur raisonner depuis mon appart’. « V…. Va nous dan… Le Limousin… ». Si ils me trouvent, je vais finir à poil dans mon salon, pour sûr. Je dois finir mes verres, vite, et me coucher. Ça en devient vital. Fin’, vu les relents que me fait mon estomac, vital dans un autre sens du terme.

Verre 24, 3h43 : La serveuse est venue à la soirée, et même en dehors de son service , elle s’occupe de moi. Un shoot yeux dans les yeux, me voilà à 24. 11h53 pour faire ce parcours du combattant. Même Renaud ne roule pas autant. Je l’aurai bien embrassé pour la remercier, mais la gravité en décida autrement en explosant ma face sur le carrelage de la cuisine.
Il est temps pour moi de dormir, peu m’importe l’emplacement. Ici, maintenant, tout de suite : ceux qui se plaignent de la douleur que peut apporter l’épreuve d’un marathon, attendez de fêter un anniversaire avec moi.

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Le plus beau moment de mes 24 ans à ce jour

Je suis né un Lundi de Pâques, et si Jésus a mis 3 jours à s’en remettre, c’est parce qu’il avait réussi à atteindre les 33 verres.

Kori

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